Au début du 21e siècle le changement de données initié par la cybernétique il y a un demi-siècle commence à influer sensiblement sur la place qu’occupe l’être humain sur la terre. L’espace, la distance qui nous séparent des choses et d’autrui ont rétréci sans pourtant que les choses ou les êtres se manifestent dans une proximité. Les médias, la programmation des données, l’évolution du savoir, la communication du présent et le lieu même de la présence humaine ont subi des transformations importantes pour le devenir de la société. Ainsi, il est important aujourd’hui de questionner les «figures» de liaison et de séparation des groupes humains, ces figures historiques du lien social qui sont actuellement perturbées par l’évolution des technologies et du numérique.

L’École Européenne Supérieure de l’Image (ÉESI) assume comme établissement d’enseignement supérieur, une responsabilité pour l’analyse, la recherche, la pédagogie et pour une création artistique aptes à nous faire avancer sur la voie de ces questions fondamentales.
Ensemble avec l’Université de Poitiers et l’Université du Québec à Montréal, l’ÉESI et l’Espace Mendès-France, se proposent d’inaugurer dès l’automne 2008 une biennale de rencontres internationales et pluridisciplinaires autour d’un champ de réflexion centré sur les Figures de l’interactivité.

Le premier colloque international, "Cinéma, interactivité et société", invite des artistes et chercheurs à élargir l’horizon à partir du cinéma en balayant un large éventail des problématiques liées à la perception et à la création d’images en mouvement observées sous l’angle de l’interactivité.
Bien au-delà d’un regard sur la création numérique d’aujourd’hui, ce colloque propose une réflexion sur la permutation constante des données qui disséminent toutes les formes et les supports de la communication dans un temps processuel.

En préface au livre de Gene Youngblood Expanded Cinema, paru en 1970, Buckminster Fuller écrivait : «Son livre Expended Cinema est le nom qu'il donne à la fonction précoce éducatrice omni-humanité du dispositif communications totales de l'homme». Où en sommes nous avec le cinéma, et ou serons nous, quarante ans après qu’une vision du cinéma expérimental imaginait le principe du "scénario universel", qui «[…] devrait être employé par l'humanité afin de sychroniser ses sens et sa connaissance à temps pour assurer la continuité de cette petite équipe-là d'humanité, composée de trois milliards et demi d'adhérents, à présent installée […]»?

Pouvons nous concevoir aujourd’hui une pédagogie du cinéma, après et avant Jean-Luc Godard, et en tirer une "logique de son étant produit" (Théodore Adorno) afin de promouvoir les lumières du cinéma, en salle ou à la maison, au centre du social?
Où en sommes nous avec «le réseau intermédiatique du cinéma et de la télévision» tel que Gene Youngblood le voyait en termes McLuhaniens comme «système nerveux de l'humanité» et après «l’assassinat du cinéma» par la télécommande dans les années 80, comme le notait Peter Greenaway?
Quelle est la médialité du cinéma aujourd’hui et quelles sont les déclinaisons du dispositif technologique tel que le numérique pour les narrations cinématographiques jusqu’au bout des «Images à la Fin du Monde» (Wim Wenders)?

Le colloque essaiera d’élucider certaines de ses questions avec la participation de cinéastes, d’artistes, de théoriciens, de critiques et d’ingénieurs-programmeurs. La biennale de colloques internationaux Figures de l’interactivité a pour ambition le développement et la pérennisation du réseau international pour la recherche et la création numérique dans lequel l’EESI et l’Espace Mendès France s’inscrivent en Poitou-Charentes et en Europe avec leurs partenaires.

Hubertus von Amelunxen, Directeur général, EESI
Didier Moreau, Directeur, Espace Mendès France

Jean-Marie Dallet, Directeur scientifique de la Biennale